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Des cinémas dans les Pays de l’Est en général et de la Roumanie en particulier

Publié le mercredi 3 novembre 2004

Dans l’histoire générale du Cinéma Mondial, des pages importantes ont été écrites à l’est de l’Europe où l’URSS sera une sorte de laboratoire expérimental, surtout de 1918 à 1928. L’URSS crée une véritable infrastructure matérielle et didactique pour faire du cinéma un élément de la culture populaire. De grands théoriciens cinéastes écrivent sur le film et mettent leur théories en action. On peut citer au premier chef Serghei M. Einsenstein, dont certains films sont des classiques mondiaux : qui n’a pas vu "le Cuirassé Potemkine" (1925) ou "Octobre" (1927) ? Mais d’autres ont pesé lourd, par leurs travaux, sur le destin filmique du bloc socialiste. Dziga Vertog fait sans doute le plus théorique, influençant les surréalistes et la nouvelle vague française. De grands réalisateurs, comme Poudovkine ou Donskoï créent un style "russe". Bien évidement le cinéma était totalement idéologique et participait à l’édification de "l’homme nouveau".Comme en littérature ou en art plastique, l’oeuvre cinématographique doit exalter l’héroïsme de la classe ouvrière, la grandeurs des réalisations du régime et les auteurs avalisés par le pouvoir. Mais malgré cette censure, ou peut-être grâce à elle, les cinéastes soviétiques devinrent les maîtres absolus de l’allégorie, de la métaphore, du second degré. Ainsi, parallèlement aux films des cinéastes officiels de Cour, livrant souvent les oeuvres flagorneuses, inregardables aujourd’hui, des artistes créèrent des films intemporels empreints d’une personnalité créatrice que la contrainte magnifiait : le plus bel exemple est sans doute Andreï Tarkovski, reconnu comme un cinéaste de stature mondiale. D’autres, comme Kontchalovski ou Paradjanov, ont produit des oeuvres de grande qualité sans atteindre à ce statut privilégié. A partir de 1945, l’expansion soviétique sur toute l’Europe Orientale crée les démocraties populaires, les "pays frères" de l’URSS. La politique culturelle y sera reproduite dans les grandes lignes à l’identique de l’URSS, mais avec des touches "nationales" intéressantes. Le schéma est globalement le même. Le cinéma devient un instrument de propagande, un média de création contrôlée. Des écoles de cinéma sont ouvertes dans chaque pays, récupérant au passage les traditions existantes pour former de solides professionnels. Quelques pays émergèrent par la qualité de leur production : la Pologne est sans doute la plus connue de ces cinématographies. Elle forma de grands auteurs comme A. Wajda ou J. Kawalerowicz. Roman Polanski préféra quitter son pays pour tourner plus librement. La Tchécoslovaquie atteignit une grande renommée dans le domaine de l’animation, la Hongrie se fit un renom dans les films intimistes. Les cinémas roumains et bulgares ne sont pas les plus brillants. Aucun cinéaste de ces deux pays ne s’imposa au plan international. Dans le cas roumain la situation politique est sans doute un facteur explicatif. Le communisme roumain fut en effet l’un des plus durs du bloc oriental, ne permettant nullement l’impertinence que toléraient parfois les Polonais ou les Hongrois.

La cinématographie roumaine d’avant 1989 est surtout marquée par deux types de productions. D’un côté, une production massive de films historiques de commande, de sujets épiques, d’adaptations littéraires sans danger. De l’autre, des films refusant cette servilité, mais sombrant dans un hermétisme leur permettant de passer le cap de la censure. Dans les deux cas, ces films ne passèrent pas à l’ouest, souvent faute de qualité, parfois, quand ils étaient bons, faute de distributeurs occidentaux. Le cinéma roumain qui était doté d’une "cité du cinéma" avait une production assez régulière avant 1989. Mais la chute du régime de Ceaucescu a totalement destructuré la filière cinématographique roumaine. Depuis 1990, on ne tourne pratiquement plus qu’un ou deux films par an en Roumanie. Les seuls films roumains connus sont des co-productions avec l’Europe.

Lucian Pintilie a accédé à la renommée avec "Le Chêne", confirmé par « Un été inoubliable », Nae Caranfil a réussi convenablement son premier film, "Les dimanches de permission". Ces films ont été diffusés en France et font de leurs réalisateurs les porte-drapeaux d’un cinéma national sinistré où des réalisateurs chevronnés comme Dan Pita ou Mircea Daneliuc essaient de continuer leur métier. Mais la concurrence n’est pas égale avec les énormes "machines", étrangères dont les roumains, après en avoir été privés, sont de gros consommateurs. Comme tout le pays, le cinéma roumain est à reconstruire. Comme tous les acteurs de la vie publique roumaine, les gens de cinéma ont souvent collaboré, bon gré mal gré, avec Ceaucescu ou ses devancières. Une "chasse aux sorcières" ne servirait à rien. C’est le public qui décidera qui doit continuer à filmer et qui doit cesser. Dans une certaine mesure, cela s’appelle la démocratie.

Jean-Michel Dauriac




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