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« Romans politiques » et réception critique dans la Roumanie de Ceauşescu

Publié le jeudi 11 novembre 2004

Dans le cadre de mon mémoire de D.E.A., j’ai étudié les romans politiques et plus particulièrement, la réception critique de quelques œuvres publiées entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingts. Cette réflexion m’a tout d’abord amené à questionner la classification même de « romans politiques », en replaçant ce genre dans son contexte politique et culturel, puis dans le discours dont il est issu, celui de la critique littéraire roumaine, dans et hors des frontières. D’une manière générale, je dirais que ce travail porte davantage sur l’attitude des intellectuels roumains face au pouvoir que sur les romans politiques eux-mêmes, qui ne sont finalement que le point de départ d’une étude de la critique. Les chroniques des romans politiques m’ont intéressée pour leur contenu, mais aussi pour leur écriture particulière : celle-ci met en évidence un véritable discours (dans le sens rhétorique du terme), des stratégies d’évitement de la censure, mais aussi des réflexes d’auto-censure, qui finissent par rendre le propos aussi difficile à déchiffrer que certaines œuvres littéraires elles-mêmes. J’aborderais successivement et succintement le contenu de mon travail suivant trois axes :
  le contexte politique et culturel qui sert de toile de fond à l’écriture des romans et des chroniques.
  Une présentation sommaire du roman politique : une première définition, les caractéristiques essentielles du genre, les thématiques communes à des œuvres souvent très différentes.
  Après avoir rapidement défini le corpus sur lequel j’ai travaillé, je présenterai, de manière synthétique, le cheminement de mon étude de la réception critique des romans et les conclusions auxquelles a abouti mon travail.

I. Le contexte politique et culturel de la Roumanie des années soixante-dix et quatre-vingts.

J’évoquerai ici : le cadre politique général, la politique culturelle et ses répercussions parmi les écrivains, puis, rapidement, les contours de la création littéraire de l’époque.

1) Le cadre politique général Depuis son accession au poste de Premier secrétaire du Parti communiste en 1965, Nicolae Ceauşescu s’approprie de plus en plus de pouvoir dans la gestion du pays : opérant des modifications successives des organes de contrôle politique, qui dépossèdent peu à peu le Comité Central de ses prérogatives, il donne de plus en plus d’importance au Comité politique exécutif, dont il est le chef incontesté. Son épouse Elena règne à ses côtés, ayant gravi très rapidement les échelons qui mènent du Comité Central au Bureau du Comité politique. En somme, le pouvoir devient une affaire de famille, dont l’apogée intervient symboliquement en 1974, année où Ceauşescu devient Président de la République socialiste de Roumanie. Fidèles au rôle de propagande que leur attribue l’idéologie communiste, les médias relaient activement l’image du chef de l’Etat : à la moindre occasion (s’il n’y en a pas, on l’imagine !), Ceauşescu fait la une des journaux. Rien d’étonnant quand il s’agit de Scânteia, le journal officiel du P.C.R. (le Parti Communiste Roumain) ; plus surprenant en revanche lorsqu’il est question de România Literară , un hebdomadaire culturel. Les chiffres sont éloquents : en 1971, Ceauşescu n’apparaît que trois fois à la une du périodique (52 numéros dans l’année) ; en 1974, 25 fois et en 1980, 28 fois, soit plus de la moitié des unes consacrées au chef de l’Etat, pour des événements qui n’ont bien souvent rien à voir avec l’actualité culturelle. Ce phénomène n’est qu’un exemple parmi d’autres d’un culte de la personnalité qui repose sur les fondements totalitaires du régime politique, dans lequel la propagande noyaute tous les aspects de la vie publique et où la morale du Parti se fraye un chemin dans la vie privée des Roumains (en 1974, România literară publie l’intégralité du « Code des principes et des normes du travail et de la vie communistes, de l’éthique et de l’équité socialistes »). En somme, l’on n’échappe pas au chef de l’Etat, et surtout, aux principes idéologiques du marxisme-léninisme dont se réclament les dirigeants.

2) La politique culturelle : entre libéralisation et contrôle des intellectuels

a) La libéralisation : D’une manière générale, la ligne politique suivie par Ceauşescu est fidèle à celle adoptée dès l’avènement du pouvoir communiste en 1947, y compris en matière de politique culturelle. Cependant, depuis le début des années soixante, une tendance à la libéralisation culturelle infléchit légèrement la ligne de conduite du Parti, sans que le dogme marxiste-léniniste soit remis en question. Cette évolution, entamée dès le gouvernement de Gheorghiu-Dej (auquel Ceauşescu a succédé), accompagne l’ouverture politique pratiquée vers les pays occidentaux à régimes capitalistes, tels que la France, la RFA ou les Etats-Unis : les accords, commerciaux ou militaires, avec ces pays agrémentent l’économie roumaine et contribuent à répandre hors des frontières une image positive de la Roumanie. Dans le domaine des lettres, la censure se fait moins cruelle et l’on revient à des genres littéraires prohibés depuis 1947. La production littéraire est florissante. En réalité, le dogme du réalisme socialiste, qui a sévi durant les années cinquante, persiste, sous les apparences d’une plus grande liberté d’écriture.

b) Le contrôle des écrivains roumains Les textes et les institutions En 1971, Ceauşescu rappelle lui-même(dans ce que l’on a appelé les thèses de Juillet) les orientations de ce dogme en réaffirmant la valeur didactique de la littérature et la subordination de l’art au projet socialiste. Encadrés par les textes officiels, les écrivains sont également pris en charge par des structures institutionnelles telles que les unions des écrivains, académies, etc... Ces structures sont révélatrices, dans leur finalité, du caractère insidieux du pouvoir et de sa duplicité : d’une part, elles offrent aux écrivains l’illusion d’un corporatisme et d’une liberté d’expression, stimulants pour la création ; d’autre part, elles contribuent à encadrer une catégorie sociale qui pourrait aisément constituer un contre-pouvoir dangereux et facilitent sa surveillance par les agents de la Securitate, la police politique.

Les moyens de séduction Parmi l’arsenal des méthodes de contrôle du pouvoir, la séduction n’est pas des moindres : fonds sociaux, lieux tels que la Maison de Mogoşoaia à Bucarest (demeure consacrée entièrement aux écrivains), statut de rédacteurs en chef dans des revues placées sous le contrôle de l’Union des écrivains sont autant d’avantages qui maintiennent une partie des intellectuels dans une situation confortable, susceptible de désamorcer les velléités de contestation à l’égard du pouvoir. Pour faire valoir leur liberté d’expression quelques écrivains font le choix de publier leurs textes à l’étranger (en Allemagne par exemple) : c’est le cas de Paul Goma ou d’Anatol Baconsky, pour ne citer qu’eux. Certains quittent le pays pour s’établir à l’étranger (Dumitru Ţepeneag par exemple). Je n’aborderai pas ici la question de la dissidence roumaine car c’est un sujet fort complexe. On peut simplement dire qu’à partir des années soixante, les écrivains roumains qui font le choix de rester dans le pays s’engagent dans ce que l’on a appelé la « résistance par la culture » : cette réaction des intellectuels consiste en une affirmation des valeurs purement artistiques, négligeant le cadre idéologique que le pouvoir tente de donner à l’art. Les critiques ici présents pourront peut-être nous parler des moyens de contrôle de la presse, que je laisse volontairement de côté pour ne pas alourdir mon propos.

La production littéraire : De façon très schématique, on peut relever deux tendances dans la création littéraire roumaine :
  la première rassemble les textes qui accèdent à la publication, du fait de la renommée de leurs auteurs ou de la teneur de leur propos ;
  la seconde a été « récupérée » après 1989 par Mircea Cărtărescu sous la bannière du Postmodernisme, et rassemble les jeunes auteurs qui évoluent dans des cénacles littéraires mais peinent à entrer dans l’actualité officielle.




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